Travail et santé

Bonheur au travail: les entreprises suisses ont du retard

Les sociétés suisses font de plus en plus rimer productivité avec félicité, partant du principe qu'un salarié heureux rapporte davantage. Mais par rapport à d'autres pays, elles ont pris du retard.

(ats) "En matière de bonheur en entreprise, la Suisse est en retard par rapport à la France, la Belgique, les Etats-Unis et la Suède", explique à l'ats Annika Månsson, à la tête du cabinet de conseils Happy at Work (heureux au travail) sis à Genève et à Baar (ZG).

En Suède, son pays d'origine, cette thématique est entrée dans les moeurs depuis de nombreuses années. "Il existe même un mot en suédois pour qualifier le bien-être au travail", précise la spécialiste des ressources humaines.

Mais les sociétés helvétiques sont conscientes que le mal-être et le stress ont un coût, "surtout lorsqu'on se rend compte que l'on passe un tiers de sa vie au travail, soit 9000 jours environ", ajoute Annika Månsson.

Pas un argument publicitaire

Face à ces nouveaux maux, les Chief Happiness Officer (CHO), ou les responsables du bonheur en entreprise, qui ont pour tâche de veiller au bien-être au travail des salariés, peuvent se révéler utiles. Mais ils doivent bénéficier d'une réelle autonomie.

La firme doit, par ailleurs, être suffisamment mûre. "Si le CHO qu'elle nomme n'est qu'un simple sparadrap ou juste présent pour se donner bonne conscience, alors les conséquences peuvent être désastreuses. Idem pour un responsable du bonheur qui ne fait que fliquer ses employés", confie Annika Månsson. Selon elle, le CHO ne doit pas non plus être un pur argument publicitaire.

"Un CHO peut être vu comme un argument marketing si les valeurs qu'il défend et les actions qu'il met en place ne sont pas portées par l'ensemble de l'entreprise. S'il est placé tout en haut de la hiérarchie, comme le laisse entendre l'appellation de Chief Officer, il n'aura pas qu'une fonction alibi. Sinon, le soupçon de l'argument marketing peut peser", renchérit Véronique Kämpfen, directrice de la communication auprès de la Fédération des entreprises romandes (FER).

Un argument publicitaire que les sociétés suisses emploient peu. Sur une vingtaine de grandes entreprises interrogées, aucune ne dispose d'un CHO. Mais toutes disent se soucier du bien-être de leurs salariés.

Swisscom souligne, par exemple, que la satisfaction de ses collaborateurs est centrale. Mais Lauranne Peman, porte-parole du groupe, ajoute que la responsabilité du bonheur en entreprise demeure difficilement attribuable à une seule personne.

Même son de cloche auprès de Coop: "Nous sommes d'avis que tous les départements dans notre firme doivent veiller à ce que les collaborateurs se sentent à l'aise. C'est pour cela que nous ne disposons pas d'un CHO", poursuit Ramón Gander, porte-parole du distributeur bâlois.

Quand le sourire suffit

Du côté des CFF, "nous n'avons pas besoin de CHO. Le sourire de nos clients suffit à faire notre bonheur", déclare Frédéric Revaz, porte-parole.

La Mobilière a, elle, supprimé son unité RH pour la remplacer par un département appelé "Human Development", (développement humain). Pour Nathalie Bourquenoud, responsable de ce département au sein de l'assureur bernois, le CHO a notamment pour rôle d'accompagner la transformation numérique des entreprises et de soutenir les salariés dans ce changement.

Nestlé dispose lui de "health and safety officer", en charge de la santé et de la sécurité au travail, qui dépendent des RH. Pour favoriser le bien-être au travail, le groupe alimentaire vaudois possède aussi des salles de repos, de prière et d'allaitement.

Mais selon Thierry Dällenbach, consultant et fondateur du site internet souris.ch, avoir un beau mobilier ne suffit pas à créer du bonheur en entreprise. Selon lui, mieux vaut miser sur "l'échange humain en perte de vitesse dans les firmes avec le développement numérique".

Au final, le bien-être reste une composante largement subjective. "Il existe des applications qui mesurent le bonheur au travail, mais je ne pense pas qu'on puisse le quantifier. Et surtout on ne peut forcer personne à être heureux", conclut Thierry Dällenbach.

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Davantage d'articles de Maude Bonvin/ATS

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