Temporairement vôtre

Nous freinons l’immigration alors qu’elle est au plus bas

L’obligation de communiquer les emplois vacants entre bientôt en vigueur. Son but est de stopper l’immigration de masse. Immigration de masse? Le nombre de migrants est très faible à l’heure actuelle.

Serait-ce parce que les entreprises locales et les migrants s’empressent d’obéir aux nouvelles lois sur l’immigration, avant même qu’elles ne soient applicables? Vraisemblablement non. La baisse actuelle de l’immigration s’explique plutôt par la situation économique qui, ces dernières années, manifeste des signes de faiblesse.

Les leçons du passé refont surface: l’immigration est extrêmement dynamique, et elle produit un effet tampon. Pendant les phases de forte croissance, elle garantit au marché du travail suisse un nombre suffisant de personnel qualifié; lorsque l’économie est en déclin, la Suisse perd son attrait pour les migrants.

Cette tendance a pu être constatée lors de la dernière «crise du franc fort». L’immigration a diminué, et le marché du travail s’est détendu. Le taux de chômage extrêmement bas (2,7% en avril 2018) prouve qu’en Suisse, les travailleurs indigènes sont bien intégrés dans le marché du travail.

Et c’est juste à ce moment-là que l’obligation de communiquer les emplois vacants entre en vigueur. Personne ne s’attend à des miracles. La version officielle se contente de prédire un effet «indirect» sur l’immigration. La situation actuelle n’est pas du tout propice à la nouvelle législation, et celle-ci aura du mal à faire ses preuves: en effet, la situation économique s’améliore lentement mais sûrement.

Tout porte à croire que l’immigration augmentera elle aussi, comme il est mentionné plus haut. Cette hausse sera peut-être légèrement amortie par l’obligation de communiquer les emplois vacants. Il n’empêche que le marché du travail suisse est à sec.

Dans quelques mois auront lieu les prochaines votations sur les rapports Suisse-UE. Les accords bilatéraux et la libre circulation des personnes seront également touchés. Si l’immigration augmente d’ici là, les adversaires de la nouvelle législation auront la tâche facile: ils s’empresseront de souligner que cette loi ne tient nullement compte de l’initiative contre l’immigration de masse et qu’elle produit même un effet négatif.

Face à cette situation grotesque, toutes les entreprises et les ORP doivent modifier leurs processus et assumer des dépenses administratives supplémentaires. S’ils acceptent ces conditions, c’est parce qu’ils réfléchissent à long terme: il s’agit d’exploiter le potentiel indigène et de garantir que le marché du travail ne soit jamais à court de personnel qualifié. Quoi qu’il en soit, les conditions actuelles sont loin d’être favorables.

Laisser un commentaire0 Commentaires

Myra Fischer-Rosinger est la directrice de swissstaffing, l'Union suisse des services de l'emploi. Après des études à l'Université de Zurich, elle a exercé en tant que conseillère politique, notamment auprès d'Avenir Suisse et Reichert Consulting.

Davantage d'articles de Myra Fischer-Rosinger

Commenter

Ces articles pourraient vous intéresser