Mitan de carrière

Les questions importantes font surface au mitan de carrière

Entre 30 et 50 ans, de nombreuses personnes traversent une crise de milieu de vie professionnelle. Après 20 ans de progression, l’ennui s’installe et la pression des générations suivantes augmente. D’autres cherchent du sens. Car la fin de carrière approche.

C’est la crise de la quarantaine en version professionnelle. Entre 30 et 50 ans, hommes et femmes, employés, managers ou CEO traversent très souvent une séquence de remise en question. Les cas de figure sont multiples. «C’est souvent lié à un parcours de vie, note Albin de Miéville, secrétaire général de la Société des employés de commerce de Lausanne (SEC Lausanne). Ce sont très souvent des personnes qui ont commencé à travailler à 18 ans, qui ont donc choisi leur voie jeune, et qui se laissent ensuite porter par la vie, par les obligations familiales et par leurs besoins économiques. Une fois passé la quarantaine, la pression diminue et s’ouvre devant elles une période de réflexion. C’est en quelque sorte un questionnement à l’envers: au lieu de se poser ces grandes questions après leur apprentissage, elles se les posent en voyant arriver la fin.»

Pour les managers, le scénario est différent. Comme l’explique le coach Bernard Radon (lire aussi en page 20), la première moitié de carrière est une ascension sans accroc. Ces cadres s’enivrent de nouveaux challenges, de bureaux plus spacieux et de rémunérations alléchantes. Puis, vers 40 ans, s’installe une forme d’ennui et la mécanique se grippe. Très souvent, c’est un changement de direction qui sonne le glas de ces carrières fulgurantes. Le cadre s’oppose à son nouveau patron et se fait licencier.

Décalage des valeurs

Mais d’autres lectures de ce mitan de carrière sont possibles. Selon le consultant Xavier Camby, auteur du livre «48 clés pour un management durable», la crise de milieu de vie touche «les personnes qui ont vécu pendant des années avec un référentiel de valeurs qui n’était pas le leur. Elles ont construit ce référentiel dans leur environnement familial et pendant leur jeunesse. Mais ce sont des valeurs d’emprunt. Pendant des années, ces valeurs génèrent des comportements positifs. Mais progressivement, le décalage avec leurs valeurs personnelles se fait ressentir. On voit ce cas de figure dans les métiers médicaux notamment. Certains choisissent cette voie alors qu’ils n’ont pas l’altruisme nécessaire comme authentique valeur personnelle afin de pouvoir y durer toute leur vie professionnelle.»

Changement de vie

Cette crise du milieu de vie professionnelle, qu’elle soit déclenchée par un licenciement ou par une remise en question intérieure, se révèle souvent lors de crises affectives ou émotionnelles. La période de vie entre 40 et 50 ans est le moment où les enfants quittent le domicile familial. C’est souvent aussi le temps des deuils ou des divorces. Xavier Camby analyse: «Très souvent, c’est pendant ces crises de milieu de vie que les personnes font un «reset» de leurs valeurs. Les valeurs d’emprunt, artificielles, laissent alors la place à leurs vraies valeurs personnelles. On l’observe souvent chez des personnes qui ont fait des études supérieures. Elles ont beaucoup travaillé, ont eu du succès, puis elles décident de changer de vie. Je me souviens d’un directeur financier d’une grande entreprise, devenu boulanger. Ou d’un grand chirurgien parisien qui est maintenant vigneron et écrivain en Provence.»

L’histoire de Bob Buford

Les CEO connaissent également ces changements de vie. L’Américain Bob Buford raconte sa crise du mitan de carrière dans le bestseller Halftime (lire aussi son questionnaire ci-contre). Après s’être enrichi à la tête d’un bouquet de chaînes de télévision privées aux Etats-Unis (Buford Television, Inc.), il perd son fils unique tragiquement, noyé dans le fleuve Rio Grande à 24 ans. Ce choc déclenchera la deuxième vie de Bob Buford, consacrée au Halftime Institute, une organisation qui coache CEO et entrepreneurs à travers le monde, afin qu’ils contribuent à la société, à la manière des philanthropes comme Bill Gates ou Warren Buffet. Précisons que pour Bob Buford, cette rédemption passe par la Bible. Le Halftime Institute est devenu une franchise active dans le monde entier. En Australie et en Asie, c’est John Sikkema qui pilote leurs activités. HR Today a pu le joindre par téléphone à Melbourne.

John Sikkema a lui aussi raconté son histoire dans un livre (Enriched: Redefining Wealth). Il explique: «Durant ma première mi-temps, j’ai gagné beaucoup d’argent, mais je ne vivais pas sainement et je commençais à avoir des problèmes conjugaux. En bref, ma vie dérapait et j’étais malheureux et désorienté. Les hommes d’affaires sont souvent très bons en affaires, mais moins bons pour se regarder dans le miroir. Depuis cette crise, j’ai décidé de consacrer ma vie aux autres et j’aide les CEO et les managers à retrouver du sens et de l’harmonie dans leur vie professionnelle.»

Se former pour la 2ème mi-temps

En clair, le Halftime Institute enseigne comment réussir sa deuxième mi-temps. John Sikkema poursuit: «Nous avons deux vies professionnelles. Nous sommes sur-préparés pour la première et très mal préparés pour la seconde. Nous proposons aux managers et aux CEO que nous coachons de réfléchir à une vision pour leur deuxième moitié. Qu’ils s’arrêtent et qu’ils réfléchissent aux questions fondamentales.»

La SEC Lausanne offre également du coaching pour les employés ou les cadres qui cherchent à se réorienter. Albin de Miéville détaille: «Notre offre s’adresse à toute personne qui souhaite mettre en évidence ses compétences. Nous leur proposons aussi de se repositionner dans des activités liées au digital. Très souvent, ces personnes ont négligé la validation de leurs compétences et nous les aidons à se remettre dans le coup.» A noter enfin que la Société des employés de commerce (SEC) offre également du conseil pour les employés ou les cadres qui cherchent à se réorienter. Ils ont aussi publié un guide pratique destiné aux de
45 + (voir ci-contre).

Le questionnaire du mitan de carrière

Voici les 10 questions à se poser au moment d’arriver au mitan d’une carrière, selon Bob Buford (voir son livre ci-contre).

  1. Pour quelles raisons devrait-on se souvenir de moi après mon décès?
  2. Combien d’argent dois-je accumuler pour être content? Que suis-je prêt à faire pour atteindre cette somme? Comment vais-je dépenser le surplus?
  3. Ma carrière m’apporte-t-elle de la satisfaction aujourd’hui?
  4. Ma vie est-elle équilibrée?
  5. Quelle est ma mission numéro 1?
  6. Où irai-je chercher de l’inspiration, de l’accompagnement et des modèles pour la deuxième mi-temps de ma carrière?
  7. Sur une échelle de 1 à 10, comment est-ce que j’évalue mes réalisations personnelles et la communauté dont je fais partie?
  8. Tracez trois courbes sur l’échelle d’une vie. La première représente la vie privée, la deuxième la vie de famille et la troisième la vie professionnelle.
  9. Sur une échelle de 1 à 10, comment est-ce que j’évalue les stratégies suivantes: a) Poursuivre mes activités, mais changer l’environnement; b) Changer mes activités, mais rester dans le même environnement; c) Mener des activités parallèles, dans des domaines différents; d) Poursuivre comme aujourd’hui, même après l’âge de la retraite.
  10. Qu’est-ce que je désire pour mes enfants?.

 

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Marc Benninger est le rédacteur en chef de la version française de HR Today depuis 2006.

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