Conseils pratiques

Les spécificités du travail dans la coopération internationale

Quels sont les profils recherchés sur le marché de l’emploi de la coopération internationale? Quelles compétences professionnelles sont requises? Une étude récente présente l’évolution sur 10 ans de ce secteur et ses nouveaux défis.

La coopération internationale représente un secteur professionnel qui vise à améliorer les conditions de vie des personnes, notamment les plus démunies. En Suisse, ce marché du travail spécifique est en croissance et on recense aujourd’hui plus de 5 000 postes équivalent plein temps – une augmentation de 40% par rapport à 2010.

Les employeurs de la coopération internationale, soit des ONG et fondations, la Confédération ou encore des organisations internationales comme le Comité international de la Croix-Rouge, ont-ils su s’adapter aux tendances RH des dernières années?

Rétrospective sur 10 ans

Menée auprès d’employeurs de la coopération internationale, d’instituts de formation et de personnes à la recherche d’emploi, une étude récente du Centre de compétences suisse pour le marché de la coopération internationale (cinfo) et du Bureau d’étude de politique du travail et de politique sociale (BASS SA) fournit de nombreuses informations sur le marché du travail de la coopération internationale suisse. Depuis 2010, les deux institutions analysent conjointement l’évolution de ce secteur.

En moyenne, sur la période 2010–2018, quelque 800 postes spécialisés (1) dans la coopération internationale ont été mis au concours chaque année sur la plateforme d’emploi Cinfoposte.

Où sont les femmes?

Les femmes forment une large part de l’offre de travail de la coopération internationale. Hautement formées et plus nombreuses que les hommes dans les filières spécifiques au secteur, elles représentent 60% des personnes recherchant un emploi dans ce domaine. Pourtant, seul 44% du personnel engagé dans le secteur est féminin, un chiffre qui n’a que faiblement évolué depuis 2010.

Pourquoi l’aide humanitaire en particulier reste-t-elle un domaine masculin? Les conditions de travail peu favorables à la conciliation entre vie de famille et vie professionnelle expliquent pour une grande part cette tendance. Le travail à temps partiel reste une exception dans l’aide humanitaire (14% des postes), alors qu’il est un modèle particulièrement prisé des femmes: selon l’OFS, 60% des femmes en Suisse travaillaient à temps partiel en 2019. En outre, une partie des missions «sur le terrain» a lieu dans des régions fragiles dans lesquelles les employées ne peuvent pas emmener leur famille.

À la conquête des talents

Comment trouver les talents de demain? Les personnes en recherche d’emploi ont-elles le profil adéquat? Globalement, les diplômés des facultés suivantes représentent les profils les plus recherchés: économie et droit, sciences humaines et sociales, et enfin relations internationales. Cette dernière branche est celle dont sont issues la plupart des personnes en recherche d’emploi – pas de pénurie à ce niveau-là, donc. Les besoins sur le marché d’emploi d’économistes spécialisées dans les finances et de juristes dépassent en revanche le taux de chercheuses et chercheurs d’emploi.

Il existe aussi une demande, plus modeste, pour des expertes en santé, en sciences naturelles, en ingénierie ou en agriculture. Les métiers de la santé et de l’agriculture/sylviculture font partie de ceux où les talents manquent à l’appel.

Au-delà des frontières

Afin de combler ce manque pour certaines spécialisations, les organisations suisses recrutent de plus en plus à l’étranger. Entre 2014 et 2018, la proportion de personnel suisse dans les organisations basées dans notre pays est passée de 42% à 34%, tandis que la proportion de collaboratrices et collaborateurs de pays non européens est passée d’un quart à presque un tiers du personnel. Cette tendance est liée en grande partie au recrutement de plus en plus international du Comité international de la Croix-Rouge, quant à la Confédération, elle emploie presque en totalité des personnes de nationalité suisse.

Force est de constater que la carrière-type du «coopérant» a évolué. Les jeunes sont-ils toujours autant disposés à s’engager à l’étranger pour plusieurs années? L’étude menée par cinfo sur les jeunes professionnels semble indiquer un changement d’attitude et des réticences par rapport à un travail sur le terrain moins propice à la conciliation entre vies professionnelle et privée. Pour répondre aux nouvelles attentes de cette jeune relève, les organisations actives dans la coopération internationale doivent entamer une réflexion tout en accordant la priorité aux besoins des pays bénéficiaires.

Note: cet article se base sur une publication plus longue qui a paru dans la Vie économique le 22.11.2020, voir Art. Vie économique.

(1) Fonctions spécialisées et fonctions de soutien: l’étude menée s’est concentrée sur les postes spécialisés dans la CI, dont les missions relèvent du domaine de la CI et exigent une formation spécifique ainsi qu’une expérience dans la CI. Pour les fonctions de soutien, telles que la recherche de fonds, les RH et les finances, seules des informations sur le nombre de postes sont recueillies.

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Irenka Krone- Germann est co-cheffe Réseaux, gestion des connaissances et communication chez cinfo.

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Loraine Ding est responsable Gestion des connaissances chez cinfo.

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Peter Stettler est chef de projets BASS.

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