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Le travail intérimaire critiqué: swissstaffing prend position

Au début de l’année, le travail temporaire a essuyé un feu croisé de critiques lors de la conférence de presse de l’Union Syndicale Suisse (USS). swissstaffing, qui représente les bailleurs de services en Suisse, prend position. L’association réagit en même temps aux propos tenus dans HR Today par Serge Gaillard.

Le risque d’accidents professionnels soit disant excessif dans les rapports de travail précaires, selon la critique de l’USS, se fonde sur des comparaisons statistiques imprécises. Il va de soi que la majorité des travailleurs temporaires, en comparaison de la totalité des employés, sont exposés à un risque accru d’accidents. Mais ceci est imputable au fait que nombre de ces travailleurs intérimaires exercent dans la construction et l’industrie, et donc dans des activités qui, par nature, sont plus exposées aux risques. Pour être correct, il faut donc comparer l’industrie du travail temporaire avec les branches de l’industrie ou avec l’industrie de la construction. On constatera alors que la fréquence des accidents est similaire. Le risque d’invalidité et de décès est même nettement moindre dans des rapports de travail précaires.

Malgré cela, il y a lieu d’attacher une attention particulière au risque d’accidents professionnels de travailleurs temporaires, et ce pour deux raisons: d’abord, les nouveaux collaborateurs sont spécialement exposés à des accidents, car ils connaissent moins bien l’entreprise que leurs collègues employés depuis plus longtemps. Il est donc important d’initier avec soin le personnel nouvellement engagé au travail qui lui est confié. Secundo, en cas de rapports de travail temporaires, la responsabilité de la sécurité au travail est partagée par l’agence de travail temporaire et l’entreprise locataire de services. Une réglementation claire des compétences est donc cruciale, et swissstaffing s’engagera davantage à l’avenir pour cela.

Ces facteurs de risque inhérents au travail temporaire ne peuvent cependant pas masquer le fait que la fréquence des accidents a nettement baissé au cours des dernières années (cf. graphique 1). En moyenne de toutes les branches, c’est un recul nettement moindre du risque accidents qui a été enregistré. Par ailleurs, les facteurs de risques doivent être comparés aux avantages spécifiques du travail intérimaire pour le marché du travail et l’économie nationale si l’on veut faire une appréciation pertinente du travail temporaire.

Précisément en une période de pression accrue de la concurrence internationale, la pression sur le marché du travail s’accroît. Elle augmente la demande de formes de travail plus flexibles et durcit la concurrence qui règne pour trouver du personnel approprié. Cette concurrence s’accentuera à l’avenir en raison du vieillissement de la population qui se dessine. Les sociétés de travail temporaire (comme les agences de placement fixe) peuvent fournir une contribution importante dans une telle situation. En procédant à la clarification soigneuse des aptitudes de candidats, elles sortent d’affaire nombre d’entreprises qui, faute de quoi, se retrouveraient face à un très grand défi dans le travail de recrutement. Le travail flexible que les sociétés d’intérim offrent est bénéfique aux firmes placées sous la pression de la concurrence, pour lesquelles de telles formes de travail présentent souvent la seule voie praticable en cas de fluctuations dans le degré d’occupation de la main d’œuvre.

Mais ces sociétés ont également quelque chose à offrir aux demandeurs d’emploi. A titre d’intermédiaires, ces entreprises de travail temporaire et de placement doivent toujours, entre autres choses, garder un œil sur les besoins de leurs deux groupes de clients. En un monde du travail qui se modifie, où la flexibilité est requise et où il faut s’attendre à changer d’emploi de plus en plus souvent, elles facilitent aux travailleurs le passage à un nouvel emploi en combinant constamment pouvoir et vouloir d’un candidat avec des engagements qui conviennent.

Nous devons réfuter le reproche de l’USS, qui prétend qu’il y a un cercle vicieux menant de l’emploi temporaire au chômage. Une évaluation de l’Enquête suisse sur la population active montre notamment que sur près de 365 travailleurs temporaires observés, près de la moitié d’entre eux (45%) sont des employés fixes un an plus tard. Un cinquième travaille encore à titre intérimaire une année après, alors que respectivement 14% d’entre eux exercent une autre activité professionnelle l’année suivante (par ex. un emploi de durée déterminée) et 14% sont chômeurs. 7% des travailleurs temporaires sont sans activité professionnelle après un an (en formation / formation continue, femme/homme de ménage, rentier-ère) (graphique 2). 86% des employés temporaires ne sont donc pas des chômeurs après un an. Par contre, 37% des travailleurs temporaires interrogés en 2004 par swissstaffing étaient au chômage auparavant. Après six mois, pendant lesquels l’intéressé a eu au moins un emploi temporaire, seul un quart (27%) des anciens chômeurs sont à nouveau sans emploi. Pour 46% d’entre eux, le travail temporaire a encore cours, alors que 20% ont déjà trouvé un emploi fixe. Le chemin du chômage au travail temporaire semble donc nettement plus fréquent que celui (inverse) du travail temporaire au chômage! Très souvent, les expériences et les qualifications récoltées au cours du travail intérimaire augmentent ainsi la compétitivité des demandeurs d’emploi sur le marché du travail.

Il est par conséquent absolument pertinent de parler, comme l’a fait Monsieur Clement, ancien ministre allemand de l’économie et du travail dans le cabinet de Schröder, d’une ‹situation win-win-win› – pour les entreprises locataires, les employés et les sociétés de travail temporaire.

Conclusion: L’exigence formulée par l’Union syndicale suisse, à savoir limiter le travail temporaire à des cas d’exception – soit durant les pics de capacité et les absences temporaires – n’a aucun sens à notre avis, compte tenu de ce que nous venons d’exposer. Nous ne partageons pas davantage le point de vue de Monsieur Serge Gaillard,   à la tête de la Direction du travail au Secrétariat d’Etat à l’économie depuis le 1er février et qui prétend que le travail temporaire à long terme doit être évité pour un assez grand nombre de gens. Tout au contraire, nous considérons le travail temporaire comme étant en prise sur les besoins du temps et comme une réponse – entre autres choses, cela va de soi – aux changements enregistrés dans le monde globalisé et le marché du travail, changements visant davantage de concurrence; le travail intérimaire est enfin une réponse à la pénurie de main d’œuvre qui se dessine en tant que conséquence du vieillissement de la population.   

 

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