L'évolution démographique et le départ à la retraite de la génération du baby-boom entraîneront dans les années à venir une augmentation significative du rapport de dépendance, c'est-à-dire le rapport entre le nombre de retraités et le nombre de personnes actives. Selon une étude récente de la Banque nationale suisse (BNS), sans immigration et avec un taux d'activité constant, environ 400 000 personnes de plus que les jeunes entrant sur le marché du travail pourraient quitter celui-ci au cours des dix prochaines années. Dans ce contexte, l'Institut KOF a interrogé en décembre 2025 des économistes universitaires sur leur évaluation de la pénurie de main-d'œuvre en Suisse. 103 réponses ont été reçues, ce qui correspond à un taux de réponse de 13%.
Les participants à l'enquête ont été interrogés sur leur évaluation des facteurs les plus importants d'une pénurie potentielle de main-d'œuvre en Suisse. Ils considèrent que le changement démographique est le facteur le plus important (87%), suivi par l'inadéquation des qualifications (63%) et l'accès insuffisant à la main-d'œuvre étrangère (43%), indique un communiqué. Environ 26% des participants considèrent que la faible participation au marché du travail est une raison importante et seuls 9% citent l'évolution insuffisante des salaires (rigidité salariale).
Désaccord sur les effets sur la productivité – accord sur la migration
Les différentes écoles de pensée économique divergent sur l'impact d'une pénurie de main-d'œuvre sur la productivité du travail. Les participants à l'enquête ont donc été interrogés pour savoir s'ils pensaient qu'une pénurie de main-d'œuvre avait un effet positif, négatif ou nul sur la productivité du travail. Le désaccord qui règne dans le débat économique se reflète également dans les réponses : alors que 43% des participants affirment qu'une pénurie de main-d'œuvre aurait un effet (plutôt ou clairement) positif sur la productivité, 36% pensent que l'effet serait (plutôt ou clairement) négatif. 16% partent du principe qu'il n'y aurait ni effet positif ni effet négatif.
Les participants à l'enquête sont en revanche largement d'accord sur l'importance de la migration pour la pénurie structurelle de main-d'œuvre. Près des trois quarts d'entre eux estiment que l'immigration réduit plutôt (44%) ou réduit nettement (29%) la pénurie structurelle de main-d'œuvre. En revanche, environ 13% des participants pensent que l'immigration tend plutôt à aggraver (10%) ou à aggraver considérablement (3%) la pénurie structurelle de main-d'œuvre en raison de la demande supplémentaire qu'elle génère. Enfin, 11% ne voient ni effet aggravant ni effet atténuant de l'immigration sur la pénurie structurelle de main-d'œuvre.
Dans le même temps, une analyse statistique montre que les camps politiques diffèrent considérablement dans leurs réponses : parmi les personnes interrogées de gauche, 86% pensent que l'immigration réduit (plutôt ou clairement) la pénurie de main-d'œuvre ; ce chiffre est de 78% au centre et de 65% parmi les personnes interrogées de droite. Malgré ces différences, la majorité des personnes interrogées, tous bords politiques confondus, estiment que l'immigration réduit (plutôt ou clairement) la pénurie de main-d'œuvre.
Options d'action politique
Les économistes ont également été interrogés sur les domaines dans lesquels le gouvernement suisse devrait prendre des mesures pour lutter contre la pénurie structurelle de main-d'œuvre, plutôt que de laisser ces domaines aux mécanismes du marché. Les mesures visant à accroître la participation des femmes (80%) et des personnes âgées (78%) au marché du travail, ainsi que la promotion de la formation professionnelle continue (78%) ont recueilli le plus large soutien en faveur d'un rôle actif de la politique. 49% des personnes interrogées estiment que le gouvernement suisse devrait supprimer les barrières à la migration, tandis que 39% s'y opposent. Avec seulement 20% d'opinions favorables, les mesures gouvernementales visant à réduire le travail à temps partiel sont les moins recommandées par les personnes interrogées.
Là encore, les camps politiques divergent dans leurs réponses. Parmi les économistes qui se situent (plutôt) à gauche ou au centre de l'échiquier politique, une majorité soutient les mesures étatiques visant à supprimer les obstacles à la migration (respectivement 68% et 52%) ; parmi les participants (plutôt) de droite, une majorité de 63% rejette ces mesures. Les mesures visant à accroître la participation des femmes au marché du travail bénéficient également du plus fort soutien parmi les personnes interrogées (plutôt) de gauche ; toutefois, tous les camps politiques affichent une majorité en faveur de ces mesures (gauche 96%, centre 89%, droite 63%). En revanche, les mesures étatiques visant à réduire le travail à temps partiel sont les plus soutenues par les participants de droite : 29% d'entre eux y sont favorables, contre 27% et 4% des participants de centre et de gauche.
Des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail comme incitations
Outre les mesures gouvernementales, les économistes interrogés voient également des possibilités pour les entreprises de lutter contre la pénurie de main-d'œuvre. Environ 94% d'entre eux considèrent qu'une amélioration des conditions de travail secondaires est un moyen (plutôt ou très) efficace pour les entreprises de réduire la pénurie de main-d'œuvre, tandis que 90% estiment qu'une augmentation des salaires réels est (plutôt ou très) efficace. Seuls 35% et 34% des personnes interrogées considèrent respectivement que l'adaptation des profils d'exigences ou l'externalisation vers d'autres sites sont (plutôt ou très) efficaces.
Une nette majorité de 59% des participants à l'enquête rejette (plutôt ou fortement) l'affirmation selon laquelle la politique monétaire de la BNS augmente la demande structurelle de main-d'œuvre et a ainsi contribué à une pénurie structurelle de main-d'œuvre. En revanche, près de 10% sont (plutôt ou clairement) d'accord avec l'affirmation selon laquelle la politique monétaire de la BNS a favorisé la pénurie de main-d'œuvre. 21% ne sont ni d'accord ni en désaccord avec cette affirmation, et 11% ne se prononcent pas (« préfèrent ne pas répondre »).