Réduire les traces de l'entreprise

Le développement durable, une multitude d'enjeux RH

Égalité salariale, respect des normes environnementales ou conformité comptent toujours plus dans le succès et l'attractivité d'une entreprise.

Développement durable, responsabilité sociétale des entreprises (RSE), critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG)... Les concepts liés à l’écologie, à la transparence ou à l’égalité homme-femme ne cessent de gagner en importance. Le concept du développement durable veut qu’une évolution stable et à long terme de la société est possible uniquement si les objectifs écologiques, économiques et sociaux sont traités sur un pied d’égalité. Il faut dire aussi que les risques liés à des phénomènes constituent désormais des menaces sur la performance économique tout comme pour l’attractivité des organisations (lire interview ici).

Près de 97% des cadres dirigeants suisses interrogés lors d’une étude récente de Deloitte indiquent que leur entreprise a déjà été impactée par le changement climatique, que ce soit en raison de la nécessité de modifier leurs processus industriels, de problèmes opérationnels dus à des catastrophes environnementales ou de nouveaux coûts réglementaires. Mais paradoxalement, seuls 39% des sondés disent que leur organisation est très concernée par le changement climatique. Alors par où commencer?

Les bases d’un management durable

«Aujourd’hui, l’enjeu principal en matière de gestion durable consiste à mettre en place une gouvernance qui puisse prendre en compte les impacts sociaux et environnementaux dans l’ensemble du périmètre d’activité de l’entreprise, qu’il s’agisse de sa chaîne d’approvisionnement, de ses collaborateurs ou de ses clients», explique François Sibille, directeur du Diploma of Avanced Studies en management durable dispensé par la Haute Ecole de Gestion de Genève (HEG-Genève).

La question peut être appréhendée selon deux angles d’attaques. Le premier consiste à traiter ces questions par thématique, comme les risques psycho-sociaux, le changement climatique ou l’égalité. Le deuxième angle consiste à vérifier selon quelles modalités agir, par exemple en raison du cadre règlementaire ou des défis émergents, indique l’expert. «Il faut relever que la législation en matière de RSE demeure perfectible en Suisse, comme en témoigne l’adoption récente du contre-projet allégé de l’initiative sur les multinationales responsables. À l’inverse, les difficultés d’approvisionnement en matières premières ou l’augmentation du coût de l’énergie créent des effets bien plus concrets pour encourager des changements conséquents.».

Objectifs mesurables

Selon une étude réalisée l’an dernier par la HEG-Genève-IREG, 78% des entreprises suisses romandes ont mis en place des actions RSE, de manière formelle ou informelle. «Dans le cadre de cette étude, nous avons cependant noté qu’à peine 13% des entreprises interrogées avaient réalisé un bilan carbone de leur activité, précise François Sibille. Or, mettre en place une politique RSE efficace nécessite de pouvoir mesurer à long terme les impacts sociaux et environnementaux de l’entreprise à l’aide de données précises.»

L’expert souligne l’intérêt de formaliser ces compétences à l’interne, que ce soit en organisant une formation ou en faisant appel aux accompagnements externes proposés par des consultants ou des faîtières professionnelles. «Déterminer le sujet le plus pertinent à traiter est propre à chaque organisation. Acheter des vélos électriques que seul 1% du personnel va utiliser ne fait pas de sens. À l’inverse, faire progresser les adeptes de la mobilité active de 1% à 10% constitue un vrai succès. C’est pourquoi nous recommandons de commencer par procéder à une analyse de matérialité, un outil qui sert à la construction d’une stratégie RSE. Mais nous nous rendons compte qu’à l’heure actuelle, encore peu d’entreprises se fixent des objectifs mesurables.»

Ces dernières années ont cependant vu une forte augmentation de la demande pour se former à ces sujets «Aujourd’hui, 40% des candidats à notre formation sont en poste de chef de projet RSE ou équivalent, alors que par le passé, la majorité des personnes se trouvaient en situation de reconversion professionnelle, indique François Sibille. Les organisations se rendent compte qu’il n’est pas possible d’agir tant sur les enjeux climatiques que humains sans compétences complémentaires. Il faut savoir désormais autant se servir d’un outil de mesure carbone, structurer une démarche RSE que concevoir des méthodes d’analyse, sans oublier la conduite du changement, qui constitue un levier déterminant pour réussir dans ces efforts.»

L’intérêt des certifications

Une autre approche consiste à se lancer dans une démarche de certification par un label RSE ou une norme de l’Organisation internationale de normalisation (ISO). La norme ISO 14001 permet par exemple de faire certifier son système de management environnemental, en procédant à une étude de l’impact sur l’environnement. «ISO 14001 est aujourd’hui une référence indispensable en matière de soumissions pour les marchés publics, explique Yvan Kohli, directeur de la société de conseil Mayday, spécialisée dans l’accompagnement des PME pour les certifications. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle devient désormais un argument pour fidéliser ou recruter des collaborateurs. Les jeunes professionnels se montrent de plus en plus sensibles à la certification d’un employeur potentiel.» On constate aussi un effet domino. Dans certains secteurs comme l’horlogerie, les grands groupes se montrent de plus en plus exigeants vis-à-vis de leurs partenaires sous-traitants.

Les processus de labélisation ou de certification crédibilisent une démarche RSE. Il faut cependant se montrer vigilant face à la jungle de l’offre disponible sur le marché. «Certains labels fonctionnent uniquement sous une forme déclarative, tandis que d’autres procèdent à des audits très complets, souligne François Sibille, de la HEG-Genève. Il vaut vraiment la peine de s’intéresser à la pertinence du processus de labélisation et au niveau d’indépendance d’un label.»

Question de survie

La raréfaction des matières premières, les limitations en fourniture d’énergie et les récessions économiques vont inéluctablement obliger les entreprises à se réinventer, analyse Robert Torday, directeur de la société de conseil Bobilité. «La pénurie de main-d’œuvre va continuer à s’accentuer, particulièrement concernant les métiers manuels. Cela va nous obliger à renforcer les filières d’apprentissage, mais aussi à revoir les grilles salariales et à développer de nouvelles compétences parmi les collaborateurs existants. Qu’on le veuille ou non, nous assistons aujourd’hui à un changement de paradigme qui n’a pas fini de nous occuper.»

L’économie suisse contrainte de mieux protéger l’être humain et l’environnement

De nouvelles dispositions du Code des obligations obligent les entreprises à rendre des comptes concernant les risques engendrés par leur activité. Elles vont s’appliquer dès l’année prochaine.

Après le rejet par le peuple suisse de l’initiative populaire «Entreprises responsables - pour protéger l’être humain et l’environnement» en novembre 2020, c’est un contre-projet indirect du Parlement qui va s’appliquer. Les nouvelles dispositions du Code des obligations (CO) introduisent deux nouveautés.

1. Les grandes entreprises suisses devront rendre compte des risques engendrés par leur activité. Elles devront établir un rapport sur les questions environnementales, les questions sociales, les questions de personnel, le respect des droits de l’homme et la lutte contre la corruption.

2. Elles devront également présenter les mesures qu’elles ont adoptées dans ces domaines. Les entreprises dont l’activité présente des risques devront se conformer à une obligation de faire rapport et à des devoirs de diligence étendus dans les domaines sensibles du travail des enfants et des minerais et métaux provenant de zones de conflit ou à haut risque. À la suite à la procédure de consultation, le Conseil fédéral a décidé de durcir l’ordonnance en adoptant une règle générale qui s’appliquera en cas de recours manifeste au travail des enfants. Il en résulte que les PME seront également soumises aux devoirs de diligence et à l’obligation de faire rapport lorsqu’elles proposent des biens ou services qui ont manifestement été produits ou fournis avec le recours au travail des enfants.

Les nouvelles dispositions du CO et de l’ODiTr entreront en vigueur le 1er janvier 2022. La loi donne un an aux entreprises pour se préparer à leurs nouvelles obligations. Elles devront s’y soumettre pour la première fois durant l’exercice 2023.

Normes, codes de conduite et labels

Pour aider les entreprises à assumer leur responsabilité, les organisations internationales, les gouvernements, les associations d’entreprises et les organisations non gouvernementales ont développé des normes, des codes de conduite et des labels qui présentent le comportement attendu et favorisent la transparence.

Parmi les principaux instruments, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) cite les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, le Pacte mondial des Nations Unies (Global Compact, UNGC), les Principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, la norme ISO 26000 «Lignes directrices relatives à la responsabilité sociétale» et les normes de la Global Reporting Initiative (GRI), des exigeances concernant l’établissement de rapports sur la durabilité. L’association Ecoparc a publié en 2021 un rapport qui recense près de 300 normes et certifications qui permettent d’évaluer la responsabilité sociétale et environnementale des entreprises. Certaines normes sont devenues une exigence pour accéder aux appels d’offres du secteur public.

Les normes les plus répandues sont EcoEntreprise (services, construction); Entreprise citoyenne (agroalimentaire, construction, ingénierie, santé, services et transports); les normes ISO (9001 qualité et processus, 14001 environnement, 37001 prévention de la corruption, 45001 santé-sécurité, 50001 énergie et 26000 responsabilité sociétale des organisations; B Corp (norme américaine); EcoVadis (chaîne d’approvisionnement); Afnor (toutes organisations); Eco-Cook (restauration) et les labels cantonaux (Carbone Fri, Valais Excellence; Vaud + et Best for Geneva).

 

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Erik Freudenreich est le rédacteur responsable de la version française du site HR Today.

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