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L'image au travail: quand le style devient un enjeu stratégique

Dans un monde professionnel où les codes vestimentaires se sont sont assouplis, l'image que renvoie un collaborateur continue d'influencer la perception des clients. Pour les RH, comprendre ces mécanismes n'est pas une question d'esthétique: c'est un enjeu de cohérence, de crédibilité et de marque employeur.

«Aujourd’hui tout est permis», entend-on souvent à propos des codes vestimentaires en entreprise. Beaucoup de collaborateurs ont interprété cette nouvelle liberté comme une absence totale de cadre. Or, le mécanisme de la première impression n’a pas disparu. Le cerveau évalue une personne en quelques fractions de seconde, bien avant qu’elle n’ait parlé: une apparence soignée conduit l’interlocuteur à attribuer spontanément des qualités positives (compétence, rigueur, fiabilité).

A contrario, une tenue négligée peut créer, souvent à tort, une impression de désorganisation. Ce biais, qui s’appelle «l’effet de halo», est tenace, et dans la réalité des affaires, il n’y a souvent pas de deuxième chance.

Ce que les vêtements disent de nous

Chaque collaborateur en contact avec l’extérieur est un ambassadeur de son entreprise. Son apparence parle au nom de la marque avant même que ses arguments ne soient entendus. Un écart entre la promesse de la marque et l’image perçue peut générer une dissonance cognitive qui fragilise la confiance. À l’inverse, une image collective cohérente renforce la crédibilité et la performance commerciale.

Chaque style personnel porte des valeurs lisibles. Le style «Artiste» (formes originales, couleurs expressives, matières inattendues) transmet le non-conformisme, la créativité, l’aventure. Le style «Naturel» (matières naturelles, coupes confortables, tons terreux) évoque la praticité, la décontraction, la sincérité. Ces langages ont une efficacité qui dépend du contexte, comme l’illustre l’exemple tiré de ma pratique dans l’encadré ci-contre.

La difficulté d’imposer une tenue aujourd’hui

Définir et faire respecter des attentes vestimentaires est devenu un exercice délicat. La diversité des générations crée des attentes très différentes en matière de liberté d’expression, et la montée des questions identitaires rend toute directive potentiellement sensible si elle n’est pas formulée avec précaution. La solution ne passe pas par des règlements rigides, mais par la clarté et le dialogue. Les termes vagues comme «être présentable» sont source de malentendus. Il est bien plus efficace d’expliquer le «pourquoi»: quel message telle tenue sert, quelle valeur elle transmet dans tel contexte.

L’alignement: clé d’une image cohérente

Ni conformisme absolu, ni liberté totale: la bonne image professionnelle passe par l’alignement, le point de rencontre entre ses valeurs, celles de l’entreprise et le message adapté à la situation. Pour y parvenir, j’utilise la règle des 4A: Attractif (une image soignée qui donne envie d’échanger). Assuré (une présentation qui inspire confiance). Approprié (une tenue adaptée au contexte et aux attentes du milieu). Authentique (une image fidèle à sa personnalité profonde). Lorsque ces quatre dimensions sont réunies, l’image devient un atout: elle facilite la relation, renforce la confiance et libère l’énergie consacrée à la gestion du regard de l’autre.

L’image du recruteur et de son entreprise

Les professionnels RH sont à la fois gardiens de la culture d’entreprise et premiers ambassadeurs de la marque employeur. Leur propre image est doublement visible. Lors d’un entretien, un interlocuteur dont l’image est en phase avec les valeurs de l’entreprise envoie un message rassurant qui contribue à l’attractivité. Un écart trop important crée une dissonance avant même que la relation n’ait commencé. La capacité à ajuster son image selon le public et les situations (recevoir de jeunes diplômés ou participer à une journée entre collègues n’implique pas les mêmes choix que face à un comité de direction) est en soi une compétence professionnelle.

Six repères pour passer à l’action

  • Définissez des attentes claires et contextualisées par type de fonction et de situation: journée ordinaire, rendez-vous client, événement de marque.

  • Expliquez le «pourquoi». Une règle expliquée devient un repère: relier l’image attendue aux valeurs de l’entreprise facilite l’adhésion.

  • Appliquez les mêmes standards à tous les niveaux. Le double standard nuit immédiatement à la crédibilité de la démarche.

  • Intégrez l’image dans le parcours d’intégration. L’onboarding est le moment idéal pour partager les codes et leur logique.

  • Restez vigilants face à l’effet de halo. Former les recruteurs à identifier ce biais permet de mieux dissocier image et compétence.

  • Faites appel à une expertise externe si nécessaire. Une conseillère en image socioprofessionnelle peut accompagner l’entreprise, former les équipes ou proposer des ateliers ciblés.


Cas d’école: l’artiste-comptable

Une cliente cumule deux activités: animatrice d’ateliers de peinture d’un côté, comptable et aide administrative de l’autre. Son style dominant est «Artiste», avec une touche de «Naturel». Pour ses ateliers créatifs, c’est un atout. Mais pour son activité comptable, le décalage devient un frein: les clients attendent rigueur et sérieux.

La solution n’est pas de se renier, mais d’opérer un alignement ciblé. Concrètement: une veste structurée dans une matière naturelle et confortable. Des couleurs unies de sa palette personnelle, sans motifs extravagants. Et pour laisser vivre sa créativité: un accessoire (broche, foulard, bijou) qui permet une touche de couleur ou un motif original. La même personne, deux contextes, deux déclinaisons cohérentes, une identité préservée.

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Yana Crittin est conseillère en image socioprofessionnelle et fondatrice de Votre Image Pro. Lien: votre-image-pro.ch.

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