Débat

Peut-on interdire aux collaborateurs d’exprimer leurs avis sur les réseaux sociaux?

Dès que l’on parle de contrôle, les fronts se durcissent. Pareil avec les réseaux sociaux. Quels contenus les collaborateurs peuvent-ils•elles publier? Quelles sont les limites à ne pas franchir? Interdire des thématiques est-ce une intrusion dans la sphère privée? Trois experts en débattent.

Eva Maria Spoerri - Avocate, cabinet d’avocats Eva Spoerri

Les réseaux sociaux sont des outils de communication puissants. Sur ces plateformes, la frontière entre sphère privée et professionnelle est toujours plus floue. Les employés doivent cependant être conscients que des avis qui nuiraient aux intérêts de leur employeur pourraient être considérés comme une atteinte à leur devoir de fidélité. Les employés raisonnables, conscients de ces conflits d’intérêts possibles, sauront naviguer à travers ces risques potentiels. Cela dit, la plupart des employeurs n’accorderont pas leur confiance aveuglément et prévoiront un cadre clair.

Quelles mesures un employeur peut-il prendre pour éviter de voir son image se dégrader sur les réseaux sociaux? Selon la volonté de l’employeur, ce dernier peut rédiger un règlement sur l’utilisation des réseaux sociaux, avec quelques lignes directrices. Inclure dans ce texte des interdictions est discutable. Au mieux, ce règlement permettra de prévenir et de sensibiliser les collaborateurs aux risques possibles. Vous pouvez par exemple indiquer clairement dans quelles situations le devoir de fidélité pourrait être enfreint.

En revanche, l’employeur doit être conscient qu’il ne peut pas surveiller toutes les activités de son personnel sur les réseaux, cette surveillance serait d’ailleurs interdite. Comme les individus communiquent sur ces réseaux autant dans leur vie privée que durant leur activité professionnelle, cette surveillance serait une atteinte à la sphère privée. J’ajouterais que le risque représenté par ces avis négatifs exprimés sur les plateformes est toujours proportionnel au climat de travail qui règne à l’intérieur de l’entreprise. Si vous parvenez à créer une culture où les avis divergents peuvent être exprimés en toute sécurité, vous n’aurez pas à craindre qu’il ou elle aille salir votre réputation sur les réseaux sociaux.

Nadine Kobel - HR Strategies, HR Campus

Combien de fois avez-vous partagé ou liké un contenu diffusé par votre employeur? Vous êtes probablement comme moi: vous vous sentez obligé de le faire et donc vous le faites assez souvent. À l’ère du digital, partager, liker et commenter fait partie de notre quotidien. La place que prennent ces réseaux dans nos vies est toujours plus importante. Et ces plateformes sont devenues de puissants canaux de communication autant pour les entreprises que pour les personnes privées. De nos jours, les entreprises utilisent les réseaux de leurs collaborateurs·trices pour communiquer. Si ce sont vos employés qui diffusent vos messages, ils seront perçus de manière plus authentiques. Si l’employeur profite de cette caisse de résonnance des réseaux sociaux, il devrait – à mon avis – accepter que ses employés·e expriment aussi des avis divergents et non pas leur dicter la ligne officielle à suivre. Pour bien manier les réseaux sociaux, il faut donc éviter les interdictions et privilégier l’information. Cette communication sur les réseaux peut faire l’objet de formations par exemple ou la thématique peut être évoquée lors d’une séance avec l’ensemble de l’équipe. En réalité, les employeurs sous-estiment souvent la maturité de leurs employés sur ces questions. La plupart des individus savent très bien faire la différence entre un comportement professionnel adéquat et une communication dans leur sphère privée.

Monika Bütikofer - Senior HR Manager, Webhelp Suisse SA

En règle générale, chacun a un avis. Par conséquent, nous allons partager cet avis sur les réseaux sociaux. Pour être entendu, mais aussi pour participer à des forums de discussions et pour stimuler des échanges avec des pairs. Prenons l’exemple de l’écriture inclusive. On peut trouver cela très bien ou au contraire complètement absurde. Ne sommes-nous pas, par contre, en train d’aller trop loin en demandant à son chef l’autorisation de publier un avis ou un commentaire sur ce sujet? Bon, il est vrai qu’entre 9 et 5, pendant les heures de bureau, poster un commentaire sur Facebook, Twitter ou sur Instagram n’est pas très opportun. Et surtout pas si vous le faites au nom de votre entreprise. Mais ces situations doivent être gérées par le département de communication, qui est formé à cet effet. Après 17h00 en revanche, les employés entrent dans leur vie privée et devraient pouvoir s’exprimer librement sans nuire délibérément à leur employeur.

Celles et ceux qui expriment leurs avis sur les réseaux sociaux sont courageux, car ils savent bien que tout le monde ne pense pas comme eux. Ce n’est pas le rôle de l’employeur de porter un jugement sur les éventuelles réactions négatives que ces avis pourraient causer auprès d’un tiers. C’est encore moins son rôle de juger si cette tierce personne a le droit de réagir à ces propos. Certains propos peuvent même provoquer des flots d’insanités. À l’heure actuelle, chacun devrait pouvoir s’exprimer librement sur les sujets qui lui tiennent à cœur.

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Eva Maria Spoerri est avocate au cabinet d'avocats Eva Spoerri.

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Texte: Nadine Kobel

Nadine Kobel, HR Strategies, HR Campus

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Monika Bütikofer

Monika Bütikofer est Senior HR Manager chez Webhelp Suisse SA.

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