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La transformation à l'épreuve du pouvoir

Nommée à la tête du département électronique d'un groupe industriel, Bérénice arrive au COMEX avec un mandat clair: accélérer la transformation, rapprocher les logiques Software et Hardware, et sortir de l'organisation d'une culture technique jugée trop lente, trop cloisonnée, trop défensive. 

Son profil a séduit le CA (conseil d’administration) et le CEO. Elle vient du monde du logiciel et parle IA, transversalité, expérience client, cycles courts. Elle incarne ce que la direction générale veut afficher: une rupture avec les habitudes historiques dans un marché en pleine accélération technologique. Bérénice pense donc disposer d’un soutien solide…. C’est là que commence le malentendu.

Un changement qui menace des territoires

Le département électronique est tenu depuis des années par des experts solidement ancrés dans l’organisation et profondément attachés à leur autonomie. Ces cadres connaissent les produits, les fournisseurs, les contraintes industrielles, les incidents passés. Leur pouvoir ne repose pas seulement sur leur titre. Il repose sur l’expertise, l’ancienneté et les alliances construites au fil du temps. Pour eux, l’arrivée de Bérénice n’est pas une modernisation. C’est une menace.

Les oppositions ne prennent pas la forme d’une rébellion ouverte. Elles sont plus subtiles: retards dans les réunions, objections techniques systématiques, dossiers ralentis, alertes formulées au nom de la prudence, demandes de moyens supplémentaires. Le message est clair: elle peut avoir le poste de directrice, eux détiennent encore une partie du terrain.

Bérénice commet alors une erreur classique. Elle croit que le conflit étant visible, le COMEX va naturellement la suivre. Elle identifie quelques figures de résistance, pose des noms sur la table, demande que certains soient écartés ou déplacés. Sur le moment, tout le monde acquiesce. Les comportements sont jugés inacceptables. Les soutiens semblent acquis… Mais rien ne se passe.

Le DRH temporise. Le CEO évite l’arbitrage frontal. Les membres du COMEX comprennent le problème, mais ne veulent pas s’impliquer. Bérénice découvre une règle rarement dite: les CA et les COMEX aiment les transformations, mais pas les conflits qu’elles provoquent. La situation ne se résume donc pas à une dirigeante moderne face à des cadres conservateurs. La carte est plus complexe: Bérénice dispose du mandat officiel, mais elle est nouvelle dans le système et connaît encore mal les protections internes. Bérénice comprend alors que le sujet n’est pas seulement managérial. Il est politique.

Changer de terrain

L’approche frontale ne peut pas fonctionner. Attaquer directement les cadres renforcerait leur coalition et placerait le COMEX devant un conflit qu’il cherchera probablement à éviter. Bérénice doit donc déplacer le problème.

  1. Sa première option consiste à positionner les opposants du software sur des projets critiques et urgents. Exposés dans le feu de l’action, ils ne commentent plus la transformation depuis les gradins: ils doivent contribuer, décider, livrer. S’ils réussissent, ils redeviennent utiles. S’ils résistent, leur comportement cesse d’être une opinion pour devenir un fait.

  2. La deuxième option relève de l’architecture organisationnelle: déplacer certains cadres vers des missions d’expertise ou des responsabilités sur d’autres sites.

  3. La troisième option, plus délicate, consiste à organiser une mobilité loin du centre de gravité du pouvoir. Une mission internationale, une responsabilité périphérique, un projet éloigné du cœur décisionnel. 

Le cas de Bérénice invite à se poser alors les bonnes questions dans ce type de situation:

  1. Avant d’engager une transformation, ai-je réellement cartographié les pouvoirs en présence ou me suis-je contentée de l’organigramme officiel?

  2. Qui tient le système: les détenteurs du titre, les experts historiques, les relais informels ou les anciens alliés du COMEX?

  3. Le soutien affiché par la direction générale tiendra-t-il lorsque les premières résistances deviendront personnelles?

  4. Et surtout, comment rendre les blocages visibles sans transformer les opposants en victimes?

Le cas de Bérénice rappelle une réalité simple: lorsqu’un dirigeant rejoint un territoire ancien, il ne suffit pas d’avoir raison. Il faut comprendre qui tient quoi, qui protège qui et par quels chemins le changement peut réellement passer. 

Les transformations échouent rarement faute de vision. Elles échouent lorsque ceux qui les portent confondent mandat officiel et pouvoir réel.

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Romain Chevalot s’appuie sur 20 ans d’expérience en Ressources Humaines et dans l’accompagnement de cadres dirigeants. Fort de ses responsabilités au sein de comités exécutifs, il a développé une perspective unique sur l’analyse des organisations et leurs dynamiques. Diplômé de l’IMD et formé au coaching de cadres dirigeants, il partage aujourd’hui sa vision à travers des missions de conseil et d’accompagnement. 

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BR

Depuis plus de 25 ans, Bernard Radon a collaboré avec plus de 600 cadres dirigeants, construisant une expertise solide dans les domaines du leadership et du management. Auteur reconnu et observateur des luttes de pouvoir au sein des organisations, il propose une réflexion pragmatique et des outils innovants. Son travail met en lumière des perspectives stratégiques, offrant une approche singulière pour ceux qui cherchent à naviguer dans les complexités organisationnelles.

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